Droits de succession en Wallonie : barèmes 2026 et réforme 2028

Droits de succession en Wallonie : maison miniature, clés et billets en euros / Erfbelasting in Wallonië

Les droits de succession en Wallonie font partie des plus élevés de Belgique pour les héritiers éloignés, et ils restent sensibles même en ligne directe dès que l’héritage comprend une maison. En 2026, le sujet est plus actuel que jamais : la réforme votée fin 2024 devait diviser par deux la plupart des taux au 1er janvier 2028, et le gouvernement wallon a annoncé en octobre 2026 une version revue, centrée sur une exonération de 75.000 euros par héritier en ligne directe.

Dans ce guide, nous faisons le point sur ce qui s’applique aujourd’hui (barèmes, abattements, régime de l’habitation familiale), sur ce qui devrait changer en 2028, et sur les stratégies légales qui permettent de réduire la facture pour vos enfants ou vos proches. Les montants cités concernent les successions dont le défunt avait son domicile fiscal en Région wallonne.

Quand les droits de succession wallons s’appliquent-ils ?

Ce n’est pas le domicile des héritiers qui compte, ni la localisation des biens en Belgique, mais le dernier domicile fiscal du défunt. Plus précisément, la région compétente est celle où le défunt a eu son domicile le plus longtemps au cours des cinq années précédant son décès. Une personne qui a vécu quatre ans à Namur puis un an à Bruxelles avant de décéder relève donc encore du barème wallon.

Tous les biens du défunt sont visés, en Belgique comme à l’étranger : maison, appartement, terrain, comptes bancaires, placements, véhicules, objets de valeur. Les biens situés à l’étranger peuvent toutefois avoir déjà été taxés dans le pays de situation ; une réduction est alors prévue pour éviter une double imposition sur l’immobilier étranger. Notre article sur la déclaration d’un bien immobilier à l’étranger détaille ces situations.

Comment se calcule l’impôt : la part nette de chaque héritier

Les droits de succession wallons sont calculés par héritier, sur sa part nette. On part de l’actif total, on retire les dettes (crédit hypothécaire restant, factures, impôts dus) et les frais funéraires, puis on répartit le solde selon la dévolution légale ou le testament. Chaque héritier est ensuite taxé selon son lien de parenté avec le défunt et selon un barème progressif par tranches.

Le caractère progressif est essentiel : seul l’euro qui dépasse un seuil est taxé au taux de la tranche suivante. Un enfant qui hérite de 200.000 euros ne paie donc pas 14 % sur la totalité, mais une combinaison de 3 %, 4 %, 5 %, 7 %, 10 % et 14 % selon les tranches. C’est aussi pour cette raison qu’il est souvent intéressant de répartir un patrimoine entre plusieurs héritiers ou dans le temps.

Barème des droits de succession en Wallonie en ligne directe (2026)

Le tarif dit « ligne directe » s’applique aux enfants, petits-enfants, parents et grands-parents, mais aussi au conjoint survivant et au cohabitant légal. Voici le barème en vigueur en 2026 :

Tranche de la part netteTaux
0 à 12.500 €3 %
12.500 à 25.000 €4 %
25.000 à 50.000 €5 %
50.000 à 100.000 €7 %
100.000 à 150.000 €10 %
150.000 à 200.000 €14 %
200.000 à 250.000 €18 %
250.000 à 500.000 €24 %
Au-delà de 500.000 €30 %

Comparé à Bruxelles et à la Flandre, le taux maximal de 30 % est identique en apparence, mais les tranches wallonnes sont plus étroites : on atteint plus vite les taux de 14 % et 18 %. Pour une vue comparative des trois régions, consultez notre guide général sur les droits de succession en Belgique.

Les abattements en ligne directe

Avant d’appliquer le barème, la Wallonie accorde plusieurs abattements aux héritiers en ligne directe, au conjoint et au cohabitant légal :

  • Exemption de la première tranche : les 12.500 premiers euros de la part nette sont exonérés.
  • Exemption doublée pour les petites parts : si la part nette ne dépasse pas 125.000 €, l’exonération porte aussi sur la deuxième tranche, soit 25.000 € au total.
  • Abattement pour enfant mineur : un enfant de moins de 21 ans bénéficie d’une réduction supplémentaire de 2.500 € par année entière restant à courir jusqu’à ses 21 ans.

Exemple : un enfant reçoit une part nette de 66.250 €. Les 25.000 premiers euros sont exonérés (part inférieure à 125.000 €). Il reste 25.000 € à 5 % (1.250 €) et 16.250 € à 7 % (1.137,50 €), soit environ 2.388 € de droits. C’est précisément ce type d’héritage qui deviendrait totalement exonéré avec la réforme annoncée pour 2028.

L’habitation familiale : un régime de faveur à connaître

La maison familiale est souvent le premier poste d’un héritage wallon. Deux mécanismes allègent son coût :

  • Conjoint ou cohabitant légal survivant : la part qu’il recueille dans l’habitation qui servait de résidence principale commune est exonérée de droits de succession.
  • Descendants : la part de l’habitation familiale recueillie par les enfants bénéficie d’un barème réduit, qui démarre à 1 % sur les premières tranches au lieu de 3 %, 4 % et 5 %.

Aujourd’hui, ces avantages supposent que le défunt ait occupé le bien comme résidence principale pendant les cinq années précédant le décès. Cette condition pose problème lorsqu’un parent âgé doit partir en maison de repos. Le décret wallon voté en 2024 prévoit de la supprimer à partir de 2028.

Frères, sœurs, neveux, nièces et cohabitants de fait

C’est ici que la Wallonie se montre la plus lourde. Les taux grimpent très vite pour les héritiers qui ne sont pas en ligne directe :

TrancheFrères et sœursOncles, tantes, neveux, niècesAutres personnes
0 à 12.500 €20 %25 %30 %
12.500 à 25.000 €25 %30 %35 %
25.000 à 75.000 €35 %40 %60 %
75.000 à 175.000 €50 %55 %80 %
Au-delà de 175.000 €65 %70 %80 %

Le cohabitant de fait, c’est-à-dire un partenaire qui n’a pas fait de déclaration de cohabitation légale, est traité comme un étranger au défunt et peut perdre jusqu’à 80 % de ce qu’il reçoit. Pour un couple qui achète ensemble sans être marié, la cohabitation légale ou un testament bien construit est donc indispensable. Nous y revenons dans notre article sur l’achat à deux sans être marié.

Réforme des droits de succession en Wallonie : ce qui doit changer en 2028

Le dossier a connu deux étapes, qu’il faut bien distinguer.

Le décret de décembre 2024

Le 4 décembre 2024, le Parlement de Wallonie a adopté un décret qui devait entrer en vigueur le 1er janvier 2028. En ligne directe, entre époux et cohabitants légaux, il réduisait de moitié les taux supérieurs à 4 % : la tranche de 100.000 à 150.000 € passait de 10 % à 5 %, et le taux maximal de 30 % à 15 %. Les taux maximaux devaient aussi baisser à 33 % entre frères et sœurs, 35 % entre oncles ou tantes et neveux ou nièces, et 40 % pour les autres personnes. Le texte élargissait par ailleurs le tarif de la ligne directe aux descendants du conjoint ou cohabitant légal et aux enfants placés en famille d’accueil.

L’annonce d’octobre 2026 : 75.000 € exonérés par héritier

Dans le cadre de son budget pluriannuel, le gouvernement wallon a annoncé en octobre 2026 une révision de cette réforme, toujours pour le 1er janvier 2028. La mesure phare : les 75.000 premiers euros de la part nette de chaque héritier en ligne directe seraient totalement exonérés. Selon le gouvernement, 62 % des successions en ligne directe ne paieraient plus rien, contre moins d’une sur quatre aujourd’hui.

La contrepartie est importante : au-delà de 75.000 €, les taux actuels seraient maintenus, avec un maximum de 30 % au lieu des 15 % prévus en 2024. Pour les autres héritiers, le taux maximal passerait de 80 % à 50 %, ce qui reste moins favorable que les plafonds de 33 à 40 % votés en 2024. La baisse des droits de donation immobilière prévue pour 2028 serait, elle, confirmée.

Attention : à la date de rédaction, cette nouvelle version doit encore être traduite dans un décret. Les règles en vigueur en 2026 et 2027 restent celles décrites plus haut.

Qui gagne et qui perd avec la réforme annoncée ?

Pour les héritages modestes, l’exonération de 75.000 € est nettement plus généreuse que la réduction de moitié des taux. L’enfant de notre exemple, avec 66.250 €, passerait de 2.388 € de droits à zéro, alors que le décret de 2024 ne lui faisait gagner qu’une partie de la tranche à 7 %.

Pour les patrimoines plus importants, c’est l’inverse. Un enfant qui hérite de 600.000 € profiterait de l’exonération des premiers 75.000 €, mais resterait taxé à 18 %, 24 % puis 30 % sur les tranches hautes. Avec le décret de 2024, ces mêmes tranches auraient été taxées à 9 %, 12 % et 15 %. À partir d’une part nette de quelques centaines de milliers d’euros, la version de 2026 serait donc plus coûteuse que celle votée en 2024. Les familles qui détiennent plusieurs biens immobiliers ont intérêt à faire simuler les deux scénarios par leur notaire.

Déclaration et paiement : les délais à respecter

Les héritiers doivent déposer une déclaration de succession dans les quatre mois du décès si celui-ci a eu lieu en Belgique, cinq mois s’il a eu lieu ailleurs en Europe, et six mois hors d’Europe. Les droits sont ensuite payables dans les deux mois qui suivent la fin du délai de dépôt. Un retard entraîne des intérêts et des amendes.

Dans la plupart des cas, c’est le notaire qui rédige et dépose la déclaration, mais les héritiers peuvent aussi le faire eux-mêmes en ligne. Notre guide sur la déclaration de succession explique la procédure pas à pas. Lorsque la trésorerie manque, il est possible de demander un étalement du paiement, sous conditions.

Comment réduire légalement les droits de succession en Wallonie

Plusieurs outils permettent de transmettre un patrimoine immobilier en payant moins, à condition de s’y prendre à temps :

  • La donation immobilière : en Wallonie, une donation d’immeuble en ligne directe est taxée selon un barème distinct, nettement plus doux que les droits de succession pour les montants moyens. La baisse prévue pour 2028 la rendra encore plus attractive. Voir notre guide sur la donation immobilière.
  • La donation mobilière enregistrée : une somme d’argent donnée devant notaire ou enregistrée est taxée à 3 % en ligne directe, puis sort de la succession.
  • Le démembrement : donner la nue-propriété d’un bien tout en gardant l’usufruit permet de transmettre en conservant la jouissance. À ce sujet, lisez notre article sur la nue-propriété et l’usufruit.
  • Le legs en duo : pour les personnes sans enfants, il permet de laisser une partie du patrimoine à un neveu ou un ami tout en faisant prendre en charge les droits par une association taxée à taux réduit. Notre article sur le legs en duo détaille le mécanisme.
  • La cohabitation légale : pour un couple non marié, elle permet de passer du tarif « autres personnes » au tarif de la ligne directe.

Point de vigilance : une donation mobilière non enregistrée (virement, don manuel) reste taxable si le donateur décède dans les trois ans en Wallonie. L’enregistrement à 3 % est donc souvent le choix le plus sûr pour une grosse somme.

Faut-il attendre 2028 pour transmettre ?

La question se pose surtout pour les donations immobilières, puisque la baisse des taux de donation est confirmée pour 2028. Reporter une donation de quelques mois peut faire économiser plusieurs milliers d’euros. Mais personne ne choisit la date de son décès : si le donateur décède avant 2028 sans avoir rien organisé, ce sont les droits de succession actuels qui s’appliqueront à l’ensemble du patrimoine.

En pratique, les notaires recommandent de ne pas tout suspendre à une réforme dont le texte final n’est pas encore connu. Une planification raisonnable, avec un testament à jour et éventuellement une donation partielle, protège déjà mieux vos héritiers qu’une attente prolongée.

FAQ sur les droits de succession en Wallonie

Quel est le taux maximal des droits de succession en Wallonie ?

En 2026, il est de 30 % en ligne directe au-delà de 500.000 € de part nette, de 65 % entre frères et sœurs, de 70 % pour les neveux et nièces, et de 80 % entre personnes sans lien de parenté.

Combien un enfant peut-il hériter sans payer de droits en Wallonie ?

Aujourd’hui, les 12.500 premiers euros sont exonérés, et même 25.000 € si la part nette ne dépasse pas 125.000 €. Avec la réforme annoncée pour 2028, ce seuil passerait à 75.000 € par héritier en ligne directe.

Le conjoint survivant paie-t-il des droits sur la maison ?

Non, la part de l’habitation familiale recueillie par le conjoint ou le cohabitant légal survivant est exonérée, à condition que le bien ait été la résidence principale commune. Les autres biens restent taxés au tarif de la ligne directe.

Quelle région est compétente si le défunt a déménagé ?

C’est la région où il a eu son domicile fiscal le plus longtemps pendant les cinq années précédant le décès. Un déménagement récent vers Bruxelles ou la Flandre ne change donc pas immédiatement le barème applicable.

La réforme de 2028 est-elle définitive ?

Le décret de 2024 a été voté, mais le gouvernement wallon a annoncé en octobre 2026 qu’il serait modifié avant son entrée en vigueur, avec une exonération de 75.000 € à la place de la réduction de moitié des taux. Il faut attendre le nouveau décret pour connaître les règles définitives.

Un cohabitant de fait peut-il hériter à taux réduit ?

Non, sans déclaration de cohabitation légale, il est taxé comme une personne étrangère au défunt, jusqu’à 80 %. La cohabitation légale ou le mariage lui ouvre le tarif de la ligne directe.

Les dettes du défunt sont-elles déduites ?

Oui, les dettes existantes au jour du décès (solde du crédit hypothécaire, impôts, factures) et les frais funéraires sont déduits de l’actif avant le calcul de la part nette de chaque héritier.

Peut-on payer les droits de succession en plusieurs fois ?

Oui, l’administration peut accorder un plan d’étalement sur demande motivée, généralement lorsque l’héritage est surtout composé d’immobilier et que les héritiers manquent de liquidités. Des intérêts peuvent alors être dus.